Raconter sa généalogie autrement.
Je viens d'expérimenter une "madeleine de Proust". Le "truc" qui à l'improviste fait resurgir des souvenirs enfouis au fond de la mémoire.
J'avais une coupure de presse que je voulais ajouter à la fiche de Fernand Martin, sur Geneanet. Fernand, un de mes oncles. Une fois l'ajout fait, j'ai navigué sur sa fiche, sur celle son épouse, Emilienne Tisserand. Je ne sais plus trop comment, mais j'ai visité une fiche sur un autre arbre, où j'ai lu "Emilienne Tisserand Tante Mimi".
Tante Mimi, oui c'est bien le nom que nous lui donnions ! D'un seul coup, j'ai eu dix ans. Je me trouvais dans un pièce sombre, une chambre je pense. Tante Mimi était allongée sur un lit, malade. Ma mère était présente, les larmes aux yeux. Ce n'était pas la maladie de Mimi qui l'inquiétait. Mais plutôt son frère qui venait de quitter sa femme, pour vivre une autre vie. Ma mère répétait "Je ne comprends pas pourquoi il fait ça, non je ne comprends pas !". Elle était tiraillée entre son amour pour son frère et son amitié pour Mimi. Toute sa colère se dirigeait vers "l'autre", Stella. Avec le recul, je dois dire qu'elle avait raison. Leur aventure se termina dans le sang. Sur fond d'alcool, Stella tua Fernand d'un coup de carabine. Mimi poursuivit sa vie et se remaria. La mort brutale de Fernand toucha profondément ma mère.
Emilienne avait une mère qui me terrorisait, Andrée Thévenot. La pauvre femme ne m'avait jamais rien fait, elle était juste un peu distante, un peu froide. Mais surtout, elle avait ... une jambe de bois ! Cela lui donnait une démarche particulière, et oui, cela me terrorisait. En discutant avec la personne qui a ajouté "Tante Mimi" sur la fiche d'Emilienne, j'ai appris qu'elle avait perdu une jambe vers l'âge de 18 ans, en tombant d'un train en marche.
De jambe de bois en jambe de bois, un autre souvenir est remonté. Quand j'étais enfant, mon père n'appelait jamais un curé "Curé". Il parlait toujours d'un "Boumtoc". Rien de méprisant dans cette expression. Cela remontait à son enfance, dans les années 1930. Le prêtre de sa paroisse était un ancien combattant de la guerre 14-18, où il avait perdu une jambe. Il avait une jambe de bois, et quand il marchait sur les pavés de l'église, les enfants du catéchisme entendaient "boum" - l'appui sur sa jambe valide - puis "toc" - l'appui sur sa jambe de bois. D'où le nom de "Boumtoc" qu'il a utilisé tout au long de sa vie.
Et le souvenir de Jean s'est imposé. Jean était le mari de Josette, la fille de Fernand et Emilienne. C'était un neveu de mon père, un neveu qui tenait une place particulière auprès de lui. Mon père, entourée de ses six filles ! Jean était un peu un fils, le fils qui n'est jamais né. J'ai toujours connu Jean rieur, de bonne humeur. Quand il arrivait à la maison, il ne manquait jamais de lancer un tonitruant
"Mon tonton, c'est un lion !".
Ensemble, il allaient pêcher sur les bords de Marne. Mais Jean est parti tôt, beaucoup trop tôt, à l'âge de 49 ans, victime "d'une longue maladie".
Deux petits mots, "Tante Mimi", qui m'ont ramenée en enfance, qui m'ont rappelé les joies et les peines de mon enfance.