Overblog Tous les blogs Top blogs Famille & Enfants
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Raconter sa généalogie autrement.

Légende familiale et maquereaux en boîte

Tous les textes de cette couleur contiennent un lien vers une autre page, interne ou externe. Pour y accéder, il suffit de cliquer sur le texte.

 

Ma définition de la légende familiale : c'est un récit qui se transmet uniquement par oral. Aucun écrit, aucun document ne vient l'étayer. Mon rôle : retrouver les faits qui ont menés à cette légende, tenter de retrouver les bases "documentées" de l'événement.

 

Je reconnais que le titre de cet article n'est pas très élégant. Mais il y a bien une légende familiale qui ne serait sans doute pas parvenue jusqu'à nous sans... les maquereaux en boîte !

La légende concerne divorce d'Eugénie Louise Victorine Perrier - arrière-grand-mère paternelle de nos enfants - d'avec Aimé Chéradame, son premier époux. Elle nous a été racontée par Arsène, son fils, et Odette, une de ses nièces.

 

 

  • Ma mère, pendant des années n'a mangé ni viande ni poisson frais. Uniquement des maquereaux en boîte.
  • C'est vrai. Moi, j'étais gamine, et je ne comprenais pas pourquoi Tante Louise mangeait toujours ça. Beurk ! Une fois de temps en temps, oui, mais tous les jours...
  • Ma mère était très pieuse, très pratiquante. Elle disait que son divorce était un péché, et que pour ça, elle devait être punie. Sa punition, c'était les maquereaux en boîte ! Moi aussi, étant gamin avec ma sœur et mon frère, nous trouvions ça bizarre...
  • Oui, et bien péché ou pas, elle a bien eu raison de divorcer ! J'aurais fait pareil.
  • C'est sûr, il faut dire que le Chéradame il y était allé fort. Il avait laissé leur fils encore bébé mourir dans l'incendie de leur maison, incendie qu'il avait provoqué parce qu'il était ivre.
  • Vous imaginez, continuer à vivre avec l'homme qui a laissé votre enfant mourir ? C'est pas possible, non, c'est pas possible !

Voilà la légende telle qu'elle nous a été transmise. Dans ce récit à deux voix, ce qui parait évident, c'est qu'au-delà du divorce et de la mort de l'enfant, ce qui a le plus frappé Arsène et Odette, alors enfants, ce sont les maquereaux en boîte. Sans ce détail "insolite", ils n'auraient peut-être pas posé de questions à Eugénie. Peut-être n'aurait-elle jamais parlé de son divorce.

Eugénie a cessé de manger exclusivement des maquereaux en boîte en 1925, quand elle a appris la mort d'Aimé Chéradame. Elle n'était plus divorcée, elle était veuve en premières noces d'Aimé Chéradame, et pour elle, cela changeait tout.

Alors, j'ai pris mon bâton de généalogiste, et j'ai cherché. J'ai trouvé leur mariage, le 10 juin 1901 (acte 16) à Saint-Pierre-de-Cormeilles. J'ai trouvé la mention du divorce daté de 1908 (acte 21). J'ai beaucoup cherché la naissance d'un garçon, sans succès. J'ai trouvé la naissance d'une petite fille prénommée Louise Victorine Aimée le 9 mai 1904 (acte 140) à Lisieux. Cette enfant est décédée à l'âge de quatre jours. Ce qui n'est pas une exception, malheureusement. Je n'ai pas trouvé d'article de presse concernant un incendie à Lisieux ou dans l'Eure qui se serait terminé par la mort d'un enfant, ce qui ne veut pas dire qu'un tel article n'existe pas.

Le temps a passé. La possibilité d'obtenir des copies de documents non numérisés a évolué. Et il y a quelques semaines, j'ai pu faire une demande concernant le jugement de divorce de 1908.

Attente de la réponse, un peu angoissée, car les archives judiciaires civiles sont souvent inexistantes. Et j'ai eu une réponse positive. Moyennant la somme de 2,08 €, une archiviste m'a proposé de m'envoyer le document par mail, au format pdf. Paiement rapidement fait, et réception du document tout aussi rapide.

Moment d'émotion à la lecture du jugement. La légende était presque vraie !

Le jugement fait état d'une enfant décédée, mais sans plus. Pas de mort violente la concernant.

Beaucoup plus courants, les attendus du jugement font état de violences conjugales "classiques" : des insultes, des injures et des coups. L'époux buvait, dépensait son argent en alcool, et laissait sa femme pratiquement sans ressources. 

Pourquoi Eugénie a-t-elle parlé d'un incendie et de la mort d'un enfant ? C'était une femme fière, un peu rigide. Evoquer ce motif pour le divorce était sans doute plus acceptable pour elle que de parler des injures et des coups. Et pourquoi un garçon ? Peut-être pour ne pas abîmer par un mensonge le souvenir de sa petite morte à l'âge de quatre jours.

Je suis fière de cette femme qui a su réagir, réunir autour d'elle plusieurs témoins (cités dans le jugement), et reprendre sa vie en mains. Dans une démarche si compliquée pour elle, fervente catholique, au début du XXe siècle. Oui, vraiment, nos enfants peuvent être fiers de leur arrière-grand-mère.

Le cataclysme passé, Eugénie s'est remariée. Elle a eu trois enfants et a mené une vie simple, sans injures ni coups.

Eugénie Louise Victorine Perrier est la Sosa 9, génération 4, de nos enfants.

Une autre légende familiale

Les défis d'écriture

Tout sur ce blog, en cliquant sur ce texte

Vous pouvez aussi retrouver mes articles sur ma page Facebook, qui fonctionne comme un site "miroir" de ce blog (page en accès libre).

desancetresetdesactes

Si vous souhaitez partager vos propres réalisations : textes, vidéos, graphismes, BD, podcasts, livres photos et autres... vous pouvez les partager sur le groupe Facebook que j'ai créé à cet effet. Sur ce groupe, vous pouvez aussi lire des articles d'autres auteurs. Il s'agit d'un groupe privé, il faut donc s'y abonner. Vous pouvez toujours - abonné(e) ou pas - prendre connaissance des objectifs de ce groupe en lisant le texte de présentation.

Raconter sa généalogie

%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%%

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article